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Réponse de la journaliste de France 3

Ci-après la réponse de la  journaliste de France 3 qui a été mise en cause par notre communiqué du 22 octobre concernant le traitement orienté, pour ne pas dire plus, de la Journée mondiale des Indignés du 15oct à Poitiers :

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Bonjour à vous,

Ayant pris connaissance ce matin de votre courriel, et étant la journaliste que vous soupçonnez de minimisation, je me permets de vous répondre en personne. Vous estimez que le montage ne favorise pas une pleine objectivité. C’est exact, monter c’est toujours choisir. Et comme tout montage, il ne peut enchaîner des plans de valeurs identiques. En l’occurrence, celui-ci commence par un plan large où l’on peut se faire une idée de l’affluence globale, puis quelques plans d’écoute de personnes isolées. On ne peut enchaîner toute une série de plans larges où l’on pourrait voir en continu l’ensemble de la manifestation.

Néanmoins, le montage diffusé ne dénature pas, à mon sens, l’esprit de votre manifestation. On comprend très bien qu’il s’agit d’un débat, calme (en opposition à l’agitation romaine), et, il est vrai,  il reflète la faible participation de votre rassemblement.

Pour ce qui concerne la corrélation texte du présentateur / images, les choses sont plus délicates. Bien sûr que dans la mesure du possible, on marie propos et images, forme et fond. Mais il est impossible de le faire à la lettre comme vous avez l’air de le croire.

Pour plusieurs raisons :

- l’écriture de la brève est antérieure à la fabrication de la séquence image ;

- elle inclut des références à des éléments (comme Rome par exemple) qui ne sont mécaniquement pas dans les images réalisées “hic et nunc” ;

-  le présentateur n’a pas toujours le temps de vérifier la parfaite adéquation texte / image,

- et parfois même pas la possibilité matérielle de voir les images en question avant qu’elles ne soient diffusées (parce qu’elles ne sont pas encore montées tout simplement) ;

- et enfin l’apparition des dites images à l’antenne est plus ou moins rapide (elle est soumise au “top” de la scripte et la réaction du vidéo), créant un éventuel décalage supplémentaire (l’exemple le plus frappant étant un but ou un essai qui vient trop tôt ou trop tard par rapport au propos).

Plus précisément à propos du nombre de participants, je n’ai fait que reprendre les informations transmises par mes collègues présents sur le terrain. Vous imaginez sans peine que bénéficiant d’une source directe, témoin des faits à rapporter, journalistes professionnels, je n’ai pas à mettre leur parole en doute et faire de vérifications en surfant sur la presse concurrente ou en téléphonant aux RG par exemple.

Enfin, il s’agit comme vous le disiez d’un élément de 10 / 15 secondes, au sein d’un journal de plus de 20 minutes. Dans cette proportion, je ne cherche pas à minimiser la valeur de cette information mais simplement à vous préciser que c’est un élément de fabrication du journal. Nous parlons d’un journal quotidien, d’images tournées parfois moins d’une demie-heure avant leur diffusion. Le présentateur écrit lui-même tous les textes, cherche les infos, passe des coups de fil, regarde les reportages. Mais ne va pas assister au montage. Comme vous, je le regrette. Nous fabriquerions une émission enregistrée, ou nous travaillerions à j+1, sur l’actualité de la veille, cela serait possible.

Je comprends votre déception de voir la participation à votre évènement sous-évaluée par rapport à votre comptage. Il est exact que notre équipe n’a pu assister à l’ensemble de votre rassemblement (encore une fois pour des contraintes de fabrication immédiate), la vision est forcément tronquée rien que par ce biais-là. Mais je crois surtout qu’il ne faut pas comparer entre vingt / trente ou soixante… Le mouvement des indignés est mondial, ce jour-là il a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes à New-York, à Londres, à Francfort… plusieurs milliers en Belgique. Même si à Poitiers nous sommes dans une ville de province, vous ne pouvez nier que l’on puisse parle de faible mobilisation lorsque l’on se situe en-dessous de 100 personnes ?

Dernier point pour être complète, une autre équipe, en Charente Maritime, a tenté de faire un reportage (avec interviews) sur votre mouvement, mais devant la faiblesse des effectifs de la Rochelle et de Rochefort a renoncé. Nous-mêmes à Poitiers, nous sommes posés la question de savoir si ce n’était pas vous faire de la “contre-publicité” que de montrer le peu d’engouement pour ce mouvement chez nous…

Et nous avons considéré que compte-tenu de l’ampleur mondiale du phénomène, et de sa coordination simultanée ce jour-là, le fait qu’il ne rencontre pas vraiment son public en France était aussi une information. Voilà pourquoi il est question de Rome sur vos images par comparaison, et voilà pourquoi nous nous sommes “contentés” de parler de la participation.

Nous n’avions aucune volonté, ni intérêt, à vous minimiser comme vous le supposez. Nous faisons juste notre travail de journaliste, avec ses contraintes, ses imperfections et ses questionnements aussi… D’autres reportages sur ce mouvement dans notre région (explications, témoignages) ont d’ailleurs été réalisés. Et si / lorsque votre mouvement prend / prendra plus d’importance, nous serons là bien sûr.

Bonne journée à vous, bonne semaine.

Cordialement,

Marie-Ange Cristofari
Journaliste France 3 Poitou-Charentes

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